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Article publié le 3 mai 2026

Incendie de Langlée

On nous écrit de Montargis :

L’une des plus belles manufactures de France, la plus considérable parmi celles qui sont consacrées à l’industrie du caoutchouc, vient d’être détruite par le feu.

Le directeur de l’usine, M. Alcander Hutchinson, rentrait jeudi soir, à onze heures et demie; il avait été chercher à la gare de Montargis Mime A. Hutchinson qui revenait d’un assez long voyage. A peine s’était-on couché que l’incendie éclatait dans l’aile des bâtiments où se trouve l’appartement du directeur, et presque à côté. En un instant les flammes gagnèrent le grand bâtiment of sont les machines et les ateliers ; elles se propagèrent avec tant de rapidité que l’usine ne fut bientôt qu’une immense fournaise.

. Au premier cri d’alarme, les secours sont arrivés de toutes parts, aussi bien de Montargis que de toutes les communes environnantes. L’éclat de l’incendie était tel qu’à Château-landon, distant d’environ seize kilomètres, les pompiers ont cru que le feu était à Préfontaine et qu’ils sont arrivés jusque sur le lieu du sinistre guidés par la flamme. Outre les pompiers de Montargis, on comptait les compagnies d’Amilly, de Saint-Maurice-sur-Fessard, de Corbeilles, de Cepoy, de Ferrières… prévenus, elles aussi, par la lueur fatale. Chacun a courageusement fait son devoir mais telle était la violence et la rapidité du feu, alimenté par des matières éminemment inflammables, qu’il n’a été possible de préserver que l’aile où se trouvaient, avec l’appartement du sous-directeur, les ateliers de menuiserie, les machines à coudre et les métiers à tricot circulaire, quelques hangars et les calorifères.

On n’a encore aucune donnée sur la manière dont le feu a pu éclater. Le magasin d’où les flammes ont d’abord été aperçues, avait reçu la veille une grande quantité de caoutchouc brut. Il avait été fermé à sept heures et demie. Μ. Α. Hutchinson est passé tout à côté avant de rentrer chez lui et n’avait absolument rien remarqué.

Outre les bâtiments, qui avaient un aspect presque monumental, il y a des machines d’une très-grande valeur, un outillage des plus importants, un approvisionnement de matières premières considérable ; tout cela est détruit on enseveli sous les décombres fumants. On parie en outre de 200,000 paires de caoutchouc, de 30,000 paires de formes, etc. La perte est énorme. Elle est couverte par plusieurs assurances.

L’usine de Langlée était un élément de prospérité pour le pays. Elle occupait de 5 à 600 ouvriers. Voilà 300 familles au moins, qui vont se trouver privées d’ouvrage et de pain à l’approche d’un hiver qui menace d’être rigoureux. C’est un immense malheur qui jette dans la consternation la population de Montargis et des environs.

La belle fabrique qui vient d’être détruite avait été construite, en même temps que le canal du Loing, par les soins du duc d’Orléans. Une dérivation de ce canal alimente deux moteurs hydrauliques et forme, au milieu des bâtiments, un immense bassin servant de port à l’établissement. Elle avait été disposée d’abord pour une papeterie au profit d’un nommé Gastumeau, qui avait le privilège de la fabrication du papier à la façon des Hollandais. Elle a conservé cette destination jus que sous l’Empire. Elle est devenue alors filature de coton, puis, pendant quelques années, filature de laine.

Elle était Inactive lorsque M. Iram Hutchinson vint importer en France les procédés de vulcanisation de Godeyar et fonder la Compagnie nationale du caoutchouc souple. L’usine de Langlée le frappa par sas beauté, ses vastes dimensions, ses aménagements, sa puissante force hydraulique. Il s’en rendit acquéreur et en fit le centre d’une fabrication dont l’importance est restée sans rivale. Espérons que, sous l’active direction de son fils, ce bel établissement pourra renaître de ses cendres et redevenir encore un instrument de fortune pour la Compagnie et une source de travail pour nos populations ouvrières.

Le Petit Moniteur universel, 28 septembre 1869

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